Marie-Arlette CARLOTTI a présenté à la Fédération du Parti Socialiste des Bouches-du-Rhône, la motion de Bertrand Delanoë, le vendredi 19 septembre 2008.
Voici son intervention :

J’interviens ici au nom de la contribution « Clarté, Courage, créativité ».
Cette contribution j’y ai pris ma part mais surtout elle a été rédigée grâce à un travail collectif très important.

Aujourd’hui autour de notre contribution, nous avons déjà permis que se constitue quelque-chose de neuf : un rassemblement nouveau.

Notre contribution est en effet la seule à avoir, d’ores et déjà, réuni des militants aux parcours divers, venant de courants différents dans le parti. Mais qui ont su laisser derrière eux leur histoire politique personnelle pour travailler ensemble autour d’une proposition cohérente qui couvre l’ensemble des grandes questions au cœur de notre Congrès : l’orientation rénovée du Parti Socialiste, la stratégie et les alliances, la conception du parti et enfin celle du leadership.
Car jamais la question du leadership ne s’est faite autant ressentir.
C’est-à-dire d’un premier secrétaire qui soit un vrai chef de l’opposition, capable de faire travailler notre famille politique et de la remettre en mouvement pour préparer la victoire de 2012.
Car il nous faudra travailler ensemble après le Congrès pour élaborer notre programme.

Notre contribution a vocation à devenir une motion.

Le 23 septembre, c’est Bertrand Delanoë qui sera le premier signataire d’un texte qui portera une orientation politique claire.
Et c’est Bertrand Delanoë qui, sur cette base politique, sera candidat au poste de Premier Secrétaire.
Ainsi nous optons pour la transparence en présentant aux militants une orientation politique et celui qui va la mettre en œuvre.

Nous allons continuer à débattre en privilégiant le fond, le contenu, les propositions concrètes pour élargir ce rassemblement et créer une dynamique majoritaire. Car il nous faut absolument donner à notre parti un pôle central pour lui assurer une stabilité et la dynamique nécessaire, pour éviter la fragmentation, la dispersion et l’émiettement qui nous ont fait si mal et encore récemment à la Rochelle.

Nous travaillons donc dans un esprit constructif, sans dénigrement ni insultes personnelles, dans le respect de tout le monde. Mais en disant clairement que nous refusons les rapprochements artificiels, les tractations secrètes, les coalitions éphémères.

Nous ne voulons pas perdre de vue le véritable enjeu du Congrès de Reims.
Dans un contexte de grande souffrance sociale, nous devons être à la hauteur de l’attente des Français. C’est à eux avant tout, à qui nous devons nous adresser.
Nous devons leur montrer l’image d’un PS capable de jouer pleinement son rôle d’opposition, qui sache dessiner une alternative novatrice, audible et crédible à l’actuelle politique du gouvernement.

Au plus haut niveau de nos préoccupations : La question sociale.

Certes la crise actuelle est mondiale mais elle frappe davantage la France parce que notre pays est mal gouverné.
Le moral des français n’a jamais été aussi bas depuis 20 ans !
Ils sont inquiets pour leur retraite, leur couverture sociale, leur pouvoir d’achat.
Notre commerce extérieur est en déficit de 40 milliards d’€ (alors que l’Allemagne a dégagé un excédent de 200 milliards d’€ en 2007).
Pour la première fois depuis 30 ans, notre économie a détruit (au 2ème trimestre) plus d’emploi qu’elle n’en a créé.
Et 1,3 millions de salariés sont contraints au temps partiel, beaucoup ont recours aux banques alimentaires pour finir le mois.

La question sociale est lancinante.

Il nous faut proposer un autre chemin au français : redresser les finances publiques, relancer l’investissement (l’Etat n’y consacre que 3% de ses dépenses), dégager de nouvelles marges et annuler la faute majeure du paquet fiscal, réhabiliter l’impôt comme un moyen de justice et de redistribution sociale.
Il nous faudra soutenir le pouvoir d’achat par un effort en faveur du SMIC, de la prime transport,… Mais penser aussi à l’ensemble des salaires, en conditionnant les aides aux entreprises (particulièrement les exonérations de charges) à la conclusion de négociations salariales.

Nous devons bâtir un Etat social prévoyant. C’est-à-dire un état moderne qui assure une meilleure couverture des risques de la vie (parce que cela aussi contribue à renforcer le niveau de vie des Français). Pour chaque famille, une solution en matière de garde des enfants. Pour accompagner les personnes dépendantes (1,2 millions en France) et préserver nos régimes de retraites par répartition.
Cela peut impliquer à terme, le passage à 41 annuités. Mais à condition que cela soit négocié avec les partenaires sociaux et en prenant en compte la pénibilité des emplois successifs (ce qui devait donner droit à des trimestres de bonification).

Un Etat qui soutient, modernisme et développe les services publics comme l’Education nationale (où 8800 postes, soit 1% des effectifs n’ont pas été renouvelés à la rentrée) et la Poste (qui risque la privatisation).

Jamais nos libertés individuelles n’ont été autant menacées.

Après le test ADN sur les enfants, désormais nous sommes tous sous le contrôle d’Edvige. Militants, syndicalistes, associatifs, religieux… dès que l’on s’intéresse à la vie notre société on devient suspect.
Et on pourra être fiché dès l’âge de 13 ans même si aucune infraction n’a été commise !!
Notre mobilisation a déjà permis de faire reculer le gouvernement. Exigeons désormais le retrait de ce projet et un contrôle judiciaire sur tout fichier constitué.

Il y a dans ce pays un état d’esprit qui veut faire croire que l’on vit constamment sous la menace et la peur de l’autre.
Oui la sécurité est une valeur de gauche. Elle est un enjeu majeur de la cohésion sociale.
Mais cela commence par le rétablissement d’un système judicaire solide avec des moyens donnés à nos magistrats et à nos tribunaux.

Il nous faudra aussi conquérir de nouveaux espaces de liberté.

▪ La liberté de l’audiovisuel (au service des amis du Président).
▪ Le droit des salariés dans les entreprises (qui n’a pas évolué depuis les lois Auroux).
▪ Le mariage des homosexuels et l’adoption par des couples de même sexe.
▪ Le droit de vote des étrangers aux élections locales (enfin !).
▪ Aller jusqu’au bout de la parité dans tous les domaines de la société.
▪ Lutter contre l’état indigne de nos prisons et le surpeuplement (10 000 de plus qu’en 2002), sans résultat sur le niveau de délinquance mais aux effets humains dramatiques.

Nous devons redevenir le Parti qui se bat sans cesse contre toutes les discriminations.

Il est insupportable qu’une femme meure tous les 4 jours en France, victime de la violence de son partenaire.
Il est insupportable que les handicapés ne puissent vivre une vie normale en ne pouvant accéder aux bâtiments publics et aux transports en commun.
Il est insupportable qu’il existe des discriminations raciales à l’embauche ou pour l’accès au logement.
Nous condamnons toute forme d’homophobie.

Oui le PS doit être à la pointe de ces combats.

Mais la crise est aussi mondiale.

La crise des subprimes continue à déstabiliser l’économie mondiale.
Nous sommes confrontés à une crise financière, énergétique, climatique. Mais c’est sans doute la crise alimentaire qui fait apparaitre le plus crument la folie d’un monde dérégulé, qui va jusqu’à soumettre la survie même de ses habitants aux forces du marché.

Alors que le Programme Alimentaire Mondial ne parvient pas à mobiliser les 750 millions de dollars nécessaires pour éviter les émeutes de la faim, au même moment les Banques Centrales du Nord injectent des dizaines de milliards de dollars pour stabiliser les banques qui ont joué avec le feu…

A ce désordre du capital financier s’ajoute l’instabilité du monde.
L’unilatéralisme Américain, l’affaiblissement de l’ONU et le mépris du droit international produisent une suite de chocs qui se répercutent les uns sur les autres. Le retour des nationalismes et des identités religieuses fournissent le terreau propice aux conflits et au terrorisme.
Jamais la nécessité d’un nouvel ordre mondial n’est apparu aussi nécessaire. Et c’est à nous Socialistes de mener le combat pour une mondialisation régulée, maîtrisée et non pas abandonnée aux seules forces du marché.

La France ne peut faire cavalier seul.
C’est l’Europe qui doit s’ériger en « rempart » contre la mondialisation sauvage.
Mais une Europe qui protège ses citoyens et tourne résolument le dos au libéralisme.

Mes chers camardes, je voudrais terminer sur le Parti.

Le Congrès de Reims sera notre épreuve de vérité. Soit nous “rétablissons la ligne” entre les Français et le PS, soit nous aurons du mal à nous relever (et Nicolas Sarkozy aura de beaux jours devant lui).

Oui il nous faut un sursaut à Reims !

Les signataires de la contribution « Clarté, Courage, Créativité » souhaitent que ce Congrès soit celui de la clarification autour d’une doctrine rénovée.
Nous ne voulons pas de petits arrangements éphémères puis de synthèse molle qui favorisent la confusion.
Nous voulons une orientation claire c’est-à-dire : réformiste, européenne, de gauche et une direction forte.
Ce n’est pas une logique d’exclusion mais de clarté.
Que tout bonnement se rassemblent ceux qui pensent la même chose !

Quelques questions qui font la différence.

A quoi bon s’interroger sur “qui sera le candidat à la prochaine élection présidentielle” ?
La seule question qui vaille aujourd’hui, c’est qui sera le 1er Secrétaire. Le reste n’est pas d’actualité. Si nous n’avons par un PS fort nous ne gagnerons pas la présidentielle.
Et le choix du 1er Secrétaire n’est pas celui du candidat, tout au plus celui de chef de l’opposition.

Nous sommes opposés aux primaires. La désignation du candidat du PS à la présidentielle doit relever de ses adhérents. Sinon l’autorité du PS serait en cause. D’ailleurs, l’expérience de nos voisins Italiens a été fort malheureuse.

Concernant notre stratégie d’alliance : elle ne peut se faire qu’avec des partis qui se proclament clairement de gauche. Par des alliances confuses (soit avec le Modem, soit avec les personnalités “d’ouverture à l’envers”) nous risquons d’accréditer l’idée que la droite et la gauche c’est la même chose. Et nous n’y avons pas intérêt.
Les citoyens sont plus à l’aise avec des choix sincères.
C’est sur ses bases que le PS doit convaincre les électeurs du centre gauche jusqu’à ceux de l’extrême gauche, s’il veut être majoritaire dans le pays.

Je suis sûre que Bertrand DELANOË est en passe de construire une majorité qui est nécessaire au PS aujourd’hui.
Je suis sûre qu’il est le plus à même à faire vivre le PS en acceptant ses différences, en respectant ses minorités, mais en faisant en sorte que ce parti cesse de s’auto-dénigrer et parle d’une seule voix.
Car la seule chose qui vaille (si l’on veut un PS fort) c’est le respect du vote des militants.

Bien sur le PS ne va pas bien. Nous en souffrons tous.
Mais j’ai confiance aux militants socialistes parce que ce sont eux, et eux seuls qui vont décider de ce qui sera bien pour leur parti. Et ils ne le feront qu’avec une idée : servir les Français et donner une force à la gauche.