Samedi 24 mai dernier à la Mutualité (Paris), c’est autour de la contribution “Clarté, courage, créativité” que nous nous sommes rassemblés et avons débattus. Voici l’intervention de Marie-Arlette Carlotti :

Notre texte est un peu laconique sur les questions de solidarité internationale et de régulation mondiale.

En effet, on ne peut pas tout développer en quelques pages.
Et nous aurons l’occasion, soit de l’enrichir, soit de faire une contribution thématique sur ces questions.

Mais même brièvement développée, notre approche me semble doublement pertinente :

1 - D’abord parce qu’elle s’inscrit résolument dans le cadre européen, et que l’Europe est le “bon niveau” pour mener ce combat de la mondialisation régulée.

2 - Ensuite parce que nous plaçons ces enjeux sur le terrain du “sens”, c’est à dire celui de nos valeurs fondatrices : solidarité et internationalisme.

Et ça, ça me convient !
Car c’est bien sur ces bases que nous avons l’obligation d’apporter des réponses concrètes, précises, aux désordres et aux déséquilibres du monde.

I) Aujourd’hui, la dérégulation atteint un point critique.

Nous sommes confrontés à une crise financière, énergétique, alimentaire et climatique.

Mais ce sont les émeutes de la faim qui ont mis en lumière ce que nous savions déjà: la folie d’un monde dérégulé qui va jusqu’à soumettre la survie même de ses habitants aux forces du marché.

Pascal Lamy relevait dans le Libération d’hier que d’un côté de Programme alimentaire mondial avait du mal a mobiliser les 750 millions de dollars nécessaires pour éviter les émeutes de la faim, et de l’autre que les banques centrales du Nord injectaient des dizaines de milliards de dollars pour stabiliser des banques qui ont joué avec le feu…

Jamais cette injustice n’est apparue si crument aux yeux de l’opinion publique.

Et j’espère que la crise alimentaire va servir d’électrochoc.
Bien que je sois sceptique quand je vois que l’on met tant de temps à se mobiliser contre le changement climatique, alors que tout le monde sait qu’il y a un risque majeur pour l’ensemble de la planète…

En tous cas, cette crise nous impose d’intervenir pour :
- mettre fin à la spéculation financière éhontée venant des “subprimes” vers les matières premières alimentaires,
- soutenir les cultures vivrières des pays en développement,
- mettre en place une politique internationale nouvelle face au réchauffement de la planète et une nouvelle approche sur les agro-carburants.

II) En réponse à ces crises, les Socialistes doivent continuer à mener le combat pour une mondialisation régulée, maîtrisée.

En agissant à la fois :
- sur le droit : nouvelle hiérarchie des normes internationales
- sur des institutions internationales plus légitimes, démocratiques et transparentes
- sur l’accès de tous aux “biens publics mondiaux”
- sur la dette
- sur le financement de la solidarité internationale
- sur la promotion des droits de l’homme et des processus démocratiques…

III) Quelques mots sur l’Afrique.

Bien sûr la France doit continuer à avoir des relations bilatérales privilégiées avec le continent africain.
L’Europe fait beaucoup en direction de l’Afrique, mais elle ne peut pas mener une politique étrangère tant qu’elle n’en a pas la compétence.

D’ailleurs, les Africains veulent discuter avec le France. Mais d’égal à égal, de partenaire à partenaire.
Et le futur président de la République – qui sera socialiste – aura beaucoup à faire pour réhabiliter l’image de la France, aujourd’hui catastrophique, en particulier auprès des sociétés civiles, des intellectuels, des démocrates : ceux qui feront l’Afrique de demain.

Non seulement à cause de nos politiques parfois condamnables.
Mais aussi à cause d’attitudes, d’actes et “d’amitiés” (le dernier en date étant l’épisode du Tchad), confirmés par des discours solennels : à Dakar, Nicolas Sarkozy va donner des leçons de démocratie aux démocrates, avant d’aller à Libreville se jeter dans les bras des dictateurs.

Mais la première responsabilité que nous avons envers l’Afrique, c’est le respect de nos engagements. Le respect de la parole donnée !
Nous devons respecter l’objectif de 0,7% de la richesse du Nord consacré à l’aide au développement d’ici 2015.

Et c’est le contraire que fait la France :
- Son aide publique est passée de 0,47 à 0,39% en 2007.
- Nicolas Sarkozy est revenu sur l’engagement de Chirac d’atteindre 0,7% en 2012.
- Même le contenu de l’APD de notre pays pose problème : nous “truquons” les chiffres, en intégrant par exemple à notre aide les frais “d’hébergement” des immigrants illégaux sur notre territoire !

C’est l’Afrique qui est la première victime de ces renoncements.
Je ne veux pas que les Socialistes soient sur le renoncement.

Avec les Socialistes, la France devra retrouver sa place à la pointe du combat pour le développement et la solidarité avec les pays les plus pauvres :
- en tenant ses engagements sur l’aide,
- en cessant d’être hypocrite sur les vrais enjeux comme les subventions agricoles ou l’ouverture de nos marchés aux produits agricoles du Sud,
- mais aussi en ouvrant la voie à de nouvelles initiatives come la création d’un impôt mondial au service de la solidarité internationale, fondé sur le commerce des armes ou la taxation des capitaux.

Ce sont ces thématiques dont je voudrais que notre groupe soit porteur, et offensif.