Il se défend de “toute considération tactique“, mais c’est aux représentants de la presse quotidienne régionale qu’il présente De l’audace (Robert Laffont) avant d’aller défendre ses réflexions sur les plateaux de télévision, puis d’entamer en juin un tour des librairies de province.

Il martèle ne “pas avoir l’obsession du pouvoir” mais ne dissimule pas non plus son appétit pour davantage d’engagement personnel. Or, Bertrand Delanoë l’avoue bien volontiers, s’engager “c’est être prêt à prendre ses responsabilités“. Au prochain congrès, en novembre prochain, du Parti socialiste déjà. Dans la perspective, aussi, de la désignation en 2011 d’un candidat à l’élection présidentielle ?

Chaque chose en son temps répond, sourire en coin, le maire de Paris, devenu incontournable sur l’échiquier socialiste depuis sa brillante réélection en mars dernier. “Comment connaître aujourd’hui les termes de l’équation de l’automne 2011? réplique-t-il. Le PS a besoin aujourd’hui d’un Premier secrétaire qui fasse le job, d’un patron pour trois ans“. De “clarifier son projet“, également, et là est le principal objet du long entretien avec Laurent Joffrin, le directeur de Libération, publié hier.

Trois cents pages au long desquelles Bertrand Delanoë, qui doit réunir demain à Paris ceux de ses camarades qui soutiennent sa démarche, revient avec lucidité sur les ambiguïtés qui hantent les socialistes depuis dix ans – “la synthèse est morte, voici venu le temps des différences assumées” – et définit avec force ses convictions.

Il s’avoue “libéral“, ce qui suscite déjà sarcasmes à droite comme dans son propre camp. “Je suis totalement libéral et totalement socialiste“, rétorque-t-il en rappelant que le libéralisme est d’abord une philosophie politique. Il revendique ses filiations, de Mendès-France à Jospin en passant par Delors et Mitterrand, “des hommes d’honneur“, mais souligne que “la gauche n’a gagné que trois élections nationales en 50ans” – grâce encore à Mitterrand et Jospin – alors que les sociaux-démocrates voisins ont fait beaucoup mieux.

Estime enfin que la question des alliances doit être débattue sans détours: d’accord à “un centre-gauche” mais laisser penser, comme le fait le MoDem de François Bayrou, “qu’une offre politique puisse à la fois se situer à droite et à gauche est une forme de mensonge“. Le Delanoë taille patron est désormais en action, cela le fait aucun doute. “Si ce livre fait du bruit, j’en serais ravi ! Moi, j’apporte mes idées” : une réponse à ceux qui disent préférer un débat de fond à une nouvelle “guerre des chefs” avec Ségolène Royal.

Il a d’ailleurs promis qu’il enverrait son livre à Gérard Collomb, le maire de Lyon, et à Jean-Noël Guérini, le président du Conseil général des Bouches-du-Rhône…

Article paru dans La Provence – vendredi 23 mai 2008 par Michel-Philippe Baret