Selon une enquête BVA pour France Soir publiée ce mardi 6 mai 2008, pour 30% des sympathisants de gauche, Bertrand Delanoë est le candidat préféré. A l’échelle de l’ensemble des Français, 24% des personnes interrogées souhaitent que le Parti Socialiste soit représenté en 2012 par l’actuel Maire de Paris. Sondage encourageant. Toujours aujourd’hui, un article du journal Libération analyse la stratégie de BD sous le titre : une stratégie toute tracée.
Nous vous en proposons les principaux extraits :

Une stratégie toute tracée
Rassemblement, livre, télé : Delanoë prépare la voie à sa candidature au PS.

En avril, Bertrand Delanoë se définissait comme un «militant majeur». En mai, le voilà qui sort du bois comme leader national à la tête d’une «démarche collective pour refaire du PS un parti de forces et de débats», avance Harlem Désir, l’un des coordinateurs de l’offensive. Fort silencieux depuis sa confortable réélection à Paris avec plus de 57 % des voix, «Bertrand va montrer ses muscles», ajoute un proche.

Connu pour faire une cinquantaine de pompes tous les matins au réveil, le maire de Paris se lance donc dans la course pour être «le plus fort et négocier une position commune au congrès en novembre». A sa manière. C’est-à-dire avec du «collectif», du «rationnel» et le «respect du parti» en bandoulière. Et un plan méticuleusement préparé, dont chaque étape, si elle est validée, conduira à la suivante. Dans un parti balkanisé où nul de dispose pour l’heure de majorité, «c’est l’expectative totale. Chacun s’est reniflé. Maintenant, il est temps de voir si on peut se sentir», avance un élu delanoïste.


Objectif du maire: se poser en fédérateur au cœur du PS et de la gauche, avant de s’imposer comme le patron naturel de son camp. Et démontrer que la gauche de gestion municipale peut s’imposer à l’échelle nationale. Notamment face à Ségolène Royal qui l’a pris de vitesse en lançant sa consultation participative sur Congresutileetserein.com en mars et qui le devance toujours dans les sondages chez les électeurs de gauche. «Mais il est meilleur qu’elle sur l’ensemble de la population!» corrige un proche. «Et il est l’homme politique le plus populaire de France avec 70% d’opinions favorables», trompette Désir.

«Prélude». Certes l’ensemble du dispositif n’est pas bouclé. «Il consulte à tour de bras, ses adjoints à Paris, des maires et des élus. Il ne demande pas d’allégeance et écoute ce qu’on lui dit», assure un de ses interlocuteurs. Qui ajoute: «Il y a un élément sur lequel il réfléchit ou fait semblant de réfléchir : sa propre candidature au poste de premier secrétaire.» «Je le sens comme quelqu’un qui a envie de parler pour dire des choses, c’est un tel désert au PS… On vient de traditions et d’histoires politiques différentes, mais nous n’avons pas de divergences majeures», assure son adjoint à la santé, le député strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen.

Plusieurs rendez-vous, calés sur l’agenda du parti, sont d’ores et déjà arrêtés. Dès cette semaine un texte «de réflexion sur la situation du pays et comment rénover le parti pour répondre aux enjeux», selon Harlem Désir, sera rendu public. Du lourd et du sérieux, signé par des maires de grandes villes, des élus et des responsables socialistes. Pas tous delanoïstes puisque «certains sont proches de Hollande ou de Jospin et d’autres ont soutenu DSK, Fabius et aussi Royal lors des primaires», explique Désir. Cette feuille de route servira de base à un rassemblement, le 24 mai à Paris, de «tous ceux qui jugent utile de produire une contribution» pour le congrès.

Outre ses proches à la Ville de Paris - Jean-Pierre Caffet, Jean-Louis Missika, Anne Hidalgo et Annick Lepetit -, plusieurs anciens du cabinet de Jospin à Matignon - comme Yves Colmou ou Clotilde Valter - ont planché sur ce texte. Des syndicalistes, des experts et des intellectuels ont également été auditionnés. «Avec mon stylo, j’attrape des durillons aux doigts pour traduire tout cela en offre politique», raconte Francis Chouat, vice-président du conseil général de l’Essonne, pour qui Delanoë est «un élément de clarification et de modernisation, mais pas de caporalisation. L’objectif c’est d’aboutir à un congrès d’idées, de différenciation politique. Mais si en plus, on a besoin de quelqu’un comme lui, il ne se défaussera pas». Clotilde Valter rappelle que «en 1977, la victoire des municipales a été le prélude à la victoire présidentielle de 1981» et que Bertrand Delanoë, comme Martine Aubry à Lille ou Gérard Collomb à Lyon, est le mieux placé pour mener un front des «grands élus».

Aventures. Sauf que sur le fond, Delanoë souffre d’un déficit. «A Paris, on voit ce qu’il fait, mais au niveau national, c’est moins net. On attend de voir sur quelle ligne il entrera au congrès», explique Bruno Julliard, adjoint de Delanoë mais proche de l’aile gauche du PS. En guise de réponse, le maire de Paris sort le 22 mai un livre d’entretiens avec Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération. Intitulé De l’audace, l’opus dévoile la vision du socialisme de Delanoë. L’ouvrage a été conçu comme «un fait politique» et médiatique, avec bonnes feuilles dans le Nouvel Observateur, participation à des émissions de radio ou de télévision - celle de Michel Drucker, en juin.Delanoë y raconte par le menu ses aventures à la tête de la capitale. Et s’y révèle social-démocrate, pour la régulation de l’économie de marché, libéral sur le plan politique et libertaire sur les questions de société. «Il met cartes sur table et prend des risques avec des positions pas forcément consensuelles. On découvre la façon dont il a forgé ses convictions politiques. C’est un livre original qu’aucun autre leader du PS n’aurait pu signer», assure Harlem Désir. Un livre «personnel», pas «people» . Dans lequel Delanoë s’émancipe de ses modèles : «Jospin a beaucoup compté dans mon engagement politique. C’est une référence, mais j’en ai d’autres. Je vais avoir 58 ans, cessez de me mettre en couveuse», précisait-il fin avril. Reste la question : postule-t-il aux fonctions de premier secrétaire ? Poser cette question «énerve beaucoup l’intéressé», raconte un proche. Car c’est avouer ne rien avoir compris à sa démarche collective : si les conditions sont réunies, il ira.
Par MATTHIEU ÉCOIFFIER / Libération / 6 mai 2008